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La vie, l'univers et le reste

On cause de tout, mais de manière un peu approfondie.

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Didier Porte et les enfants

Didier Porte, un des humoristes de la tranche du matin sur France Inter, a fait scandale il y a quelques semaines en répétant dans sa chronique, en plaçant ses propos dans la bouche de Dominique de Villepin, “J’enc*le Sark*zy”. Si vous n’en avez pas entendu parler, voilà un bon résumé de la situation sur le site d’arrêt sur images.

Je n’aime pas plus que ça les chroniques de Didier Porte (ou celles de Stéphane Guillon, d’ailleurs). Je n’écoute en général France Inter à cette tranche horaire que le vendredi, pour la chronique de François Morel. Mais un argument utilisé contre Porte par Demorand m’a fait bondir. Sur le plateau du Grand Journal de Canal plus, celui-ci s’est plaint d’avoir reçu un mail d’auditeur demandant comment il pouvait expliquer à son gamin de 8 ans le sens du verbe “enc*ler”, entendu ce matin-là à la radio.

En admettant que ce mail soit réel, je souhaite m’adresser à ce bon père de famille.

Monsieur,

Si j’ai bien compris votre mail, votre fils de 8 ans écoute la matinale de France Inter, émission, qui, rappelons-le, est en grande partie une émission d’information. J’en déduis qu’au fil de ces derniers mois, votre fils a entendu parler de bébés congelés, de torture et d’exécutions en Iran, de viols et de meurtres en tout genre. Si vous avez réussi à expliquer tout ça à votre petit garçon, je ne doute pas que vous pourrez trouver un moyen de lui parler du verbe “enc*ler” les doigts dans le nez, si je puis dire.

Cordialement, etc.

Qu’on ne se méprenne pas ; bien sûr que c’est important que protéger les enfants, de ne pas les traiter comme des adultes en miniature, de se rappeler qu’ils ont droit à leur part d’enfance. Mais les exposer à une émission d’information, c’est risquer, effectivement, qu’ils entendent des choses qui ne sont pas de leur âge ; la matinale de France Inter n’est pas une émission pour enfants ! Autant, si je le pouvais, j’aimerais bien réduire au maximum l’affichage dans les rues les couvertures horrifiques de Détective ou celles des journaux porno, parce qu’on ne peut pas faire un détour pour éviter tous les marchands de journaux, autant allumer la radio en présence de ses enfants est un choix. L’argument de la protection des enfants perd de sa force à chaque fois qu’on l’utilise à tort et à travers. Virer Porte parce qu’on le trouve mauvais et vulgaire, c’est une chose. Virer Porte parce que sa chronique n’est pas faite pour les enfants, ce serait ridicule. Il travaille pour la matinale de France Inter, pas pour Debout les zouzous.

Joie du printemps

Après l’été vient l’automne, après l’automne l’hiver et après l’hiver le printemps, c’est l’éternel cycle des saisons, youkaïdi, youkaïda. Nous causerons des autres saisons un autre jour, vu qu’aujourd’hui dans l’hémisphère nord on est en plein dans le ? Le ? Printemps, il y en a deux qui suivent, tout de même. Reprenons.

Le printemps se caractérise par :

  • Le retour d’un soleil un peu moins pâlichon,
  • Le retour des hirondelles,
  • Le retour des allergies pour les pollenophobes,
  • Le changement d’heure pour ceux qui ont la chance immense de vivre dans un pays où on le pratique, et

Quoi ? Qu’est-ce que j’entends au fond de la salle ? Non, pas la longueur des jupes allant raccourcissant, car en avril, ne te découvre pas d’un fil, ou en octobre pour nos amis de l’hémisphère sud. M’enfin.

Non, la dernière caractéristique du printemps est le retour du grand nettoyage, du rangement, du tri enfin. Je l’ai gardé pour la fin parce que c’est mon préféré.

Oui, honte sur ma tête, j’aime trier. Nettoyer, pas trop, mais trier, oui. Qui dira la joie de sortir tout ce que contient un placard, de préférence de fringues, de tout passer en revue, de mettre d’un côté les vêtements d’été pour les chaleurs à venir, d’un autre les vêtements qui tiennent très chaud et qu’on pense ne plus remettre avant longtemps, d’un troisième les vêtements usés qu’on va transformer en chiffons, d’un quatrième les vêtements pas tout à fait usés mais un peu quand même qu’on mettra dans l’intimité de son chez-soi, d’un cinquième ceux qu’on avait oubliés et qu’on remettra avec plaisir, et de tout reranger en rendant plus accessible ce qui sera plus nécessaire, en jolies piles bien nettes ? Moi. Ben oui, moi.

Encore, là, je détaille pour les vêtements, mais c’est pareil pour tout - pour une bibliothèque rendue quelque peu brouillonne par l’usage, pour un placard à DVD qui tient plus du capharnaüm que du coffre aux merveilles, pour un meuble plein de petites choses inutiles et donc parfaitement indispensables….

Le tri est donc une joie printanière. Mais j’en connais une autre qui dure toute l’année. C’est celle de ne pas ranger tout parfaitement tout le temps, voire de mettre carrément les choses en vrac quand on en manque (de temps)(1). Il n’y a que comme ça qu’on est sûr d’avoir des surprises lors du prochain tri de printemps.

Notes

(1) ceci est bien entendu à pratiquer chez soi, jamais en bibliothèque publique, au hasard.

Et la lumière fut

Je vous avais parlé lors de sa sortie de Chagrin d’école, un bouquin de Daniel Pennac qui parle des cancres et de la cancrerie bien plus que de l’école. Je m’étais aussi esbaudie devant la méchanceté d’Alain Finkielkraut envers ce petit livre si lumineux. Aujourd’hui, alors que je le relisais pour la cinquième fois au moins, arrivée à la page 205 de l’édition NRF Gallimard, la lumière se fit dans mon crâne. L’animateur de France Culture qui s’était effrayé des jeunes du film l’Esquive, ce gars dont Pennac ne cite pas le nom, c’était lui ! Ce n’est qu’un petit passage dans le livre, six pages sur plus de trois cents, mais pas de doute, c’était lui. Voilà pourquoi il s’est déchaîné envers Chagrin d’école et Pennac, voilà pourquoi il l’a pris de manière si personnelle.

Le plus drôle dans cette affaire, évidemment, c’est que je n’aurais jamais fait le rapprochement si ce brave Alain avait su fermer sa grande bouche.

Changer pour quoi ?

Il y a un peu plus de deux ans, je m’énervais sur une pub passant sur France Inter et incitant l’auditeur (devrais-je dire le con-sommateur ?) à changer de montre, à l’occasion du changement d’heure. Je trouvais déjà ça très con et consumériste. Figurez-vous que sur la même radio, j’entends depuis quelque jour une pub que je trouve encore pire.

Il s’agit cette fois d’inciter les gens à acheter de la vaisselle aussi souvent que des vêtements, parce que c’est pareil, figurez-vous, ça passe de mode ces petites choses, il ne s’agirait pas d’avoir des assiettes rondes quand tout le monde en a des carrées. D’ailleurs la pub n’est pas financée par les marchands de vaisselle (mon Dieu, quelle vulgârité) mais par “Les arts de la table”, ça change tout.

Il y a plusieurs publicités sur ce thème, dont une que je trouve particulièrement dégueulasse. On entend un enfant complimenter sa mère, lui disant qu’elle est jolie, élégante. La mère demande à l’enfant de mettre la vaisselle. L’enfant demande si ce sont les assiettes de mamie, la mère répond oui, et l’enfant demande alors “Elle mangeait dedans quand elle n’était pas morte ?” Silence embarrassé.

Je sais ce que cette dame aurait pu répondre à son gosse. “Oui, mon chéri, elle mangeait dedans quand elle n’était pas morte. Même que c’était une dame formidable, ta mamie, est-ce que tu sais que (insérer ici quelque chose de chouette au sujet de la mamie en question) ? Du coup, manger dans ses assiettes, ça me fait plaisir, ça me fait penser à tous les bons moments qu’on a partagés.”

On peut parler des morts, ce n’est pas sale. On peut aussi garder des choses venant d’eux, pour le souvenir, et, une fois de plus, envoyer se faire fiche les abrutis de la pub qui voudraient qu’on change la vaisselle sans même s’être engueulé sérieusement avec son conjoint.

Usain Bolt et la concurrence

Je m’intéresse assez peu au sport, en général, comprenez par là que si je pratique parfois moi-même, regarder d’autres courir, nager ou jouer à la balle, sur un écran ou dans un stade, m’ennuie profondément. Par conséquent, je n’entends parler de sport que quand on en cause au milieu des informations générales. Ce fut le cas il y a quelques semaines, quand un jeune homme, Usain Bolt, a battu son propre record du monde du 100 mètres (on parle là de course à pied et pas de nage, parait-il). La nouvelle ne m’a pas bouleversée outre mesure, mais j’ai retenu le nom du coureur à cause de sa signification en anglais - Bolt, l’éclair.

Or donc, le sport m’intéresse peu, mais je lis souvent les chroniques de la page “Opinions” du Monde.fr. Voyant que l’une d’entre elles parlait de ce jamaïcain véloce, je me suis dit que c’était l’occasion d’en apprendre plus sur un domaine où je ne connaissais rien, et je l’ai lue. Mal m’en a pris. Au beau milieu de cette chronique, je suis tombée sur les propos suivants, attention j’ouvre les guillemets, mais avec des pincettes :

“Que peuvent-ils [les autres coureurs] tenter de faire pour accrocher les deux seules places qui restent sur le podium ? Modifier les normes d’entraînement, changer de discipline, ou se faire aider… par la pharmacopée. L’exemple le plus probant concerne le dauphin annoncé de Bolt, le Jamaïcain Yohan Blake, 19 ans, qui court le 100 mètres en 9”93. En juin, il a été contrôlé positif à un stimulant – comme quatre autres compatriotes – et n’a pas été aligné pour le relais 4×100 à Berlin. C’est là tout l’effet pervers de la domination d’Usain Bolt : elle incite au dopage, à se procurer de nouvelles molécules plus performantes.”[1]

Notez bien cette phrase, parce que des propos de ce niveau-là, c’est tout de même rare : “La domination d’Usain Bolt […] incite au dopage.”

Ça me paraît évident. Moi aussi, quand je vois un type courir plus vite que moi, je me dope pour arriver à le rattraper. D’ailleurs, depuis que j’ai appris qu’Einstein avait un QI bien supérieur au mien, j’envisage sérieusement de me faire greffer des neurones en plus, parce qu’il ne faudrait pas que quelqu’un soit plus intelligent que moi, non plus. Eh, les gens, réveillez-vous ! Il existe une émulation saine, où la performance de l’autre pousse à se dépasser, soi. Mais aller jusqu’à dire que l’existence de quelqu’un de plus rapide que soit incite, tout naturellement, à prendre des risques avec sa santé, et accessoirement à faire quelque chose qui dans ces disciplines revient à tricher ? Mais où on va, là ? Est-ce que la frustration de ne pas être le meilleur justifie ce genre de procédés ? Est-ce que c’est à ce point insupportable de ne pas être le premier ?

Si c’est le cas, je trouve ça profondément triste. Il va falloir s’y faire - on est des milliards, sur cette planète, ce qui signifie qu’un pourcentage infime de personnes pourront être distinguées, parce qu’elles courent plus vite ou qu’elle réfléchissent plus loin que tout le monde. Mais ça ne veut pas dire que le reste d’entre nous ne vaut rien, ou que ça vaut le coup de se foutre en l’air pour rejoindre ce petit nombre. Bien au contraire. Le gars qui court un peu moins vite qu’Usain Bolt, c’est peut-être un bon ami, un mari aimant, un danseur de rock hors pair. Est-ce qu’il a besoin d’être (re)connu par le monde entier pour que sa vie soit “réussie” ? Vous vous en doutez, je pense que non. J’ose espérer que je ne suis pas la seule.

Notes

[1]Mustapha Kessous, Lemonde.fr, 24/08/2009

Prospectus

Dieu sait que ça m’énerve de recevoir régulièrement dans ma boîte aux lettres des avalanches de promotions de la part d’un vendeur de prêt à porter que j’ai sollicité deux fois en cinq ans, mais ça donne parfois de belles occasions de rire, il faut le reconnaître. Dans le dernier envoi de ce type, on me proposait une réduction mirobolante ainsi que l’envoi d’un sèche-cheveux dans ma prochaine commande. Mais pas n’importe quel sèche-cheveux, attention. Déjà, il avait des accessoires trop top moumoute. Et surtout, il avait été sélectionné per-son-nel-lement par un grand coiffeur dont je tairai le nom par charité chrétienne.

Pourquoi taire son nom, me direz-vous ? Parce qu’il a le culot de se proclamer, attention j’ouvre les guillemets, “coiffeur officiel des femmes”.

Je serais morte, je me retournerais dans ma tombe, là je me contente de rire comme une hyène. Il y a vraiment des gens qui ne doutent de rien. C’est vrai, après tout, pourquoi aller payer un sponsorship quelconque du genre équipe de France ou Nouvelle Star quand on peut se proclamer pour pas un rond coiffeur officiel de la moitié de la planète ? Le salon de coiffure que je fréquente ne fait pas partie de la chaîne de ce monsieur (il ne fait partie d’aucune chaîne, d’ailleurs, c’est un indépendant sympathique), mais si j’étais encore en quête de coiffeur l’autre viendrait de perdre l’occasion de gagner ma clientèle. C’est que je le soupçonne d’avoir accepté sérieusement cette proposition à la noix d’un marketeux, voyez, et que le manque d’humilité est un péché capital chez un coiffeur. Quand on se prend à ce point pour le nombril du monde, on est rarement ouvert aux demandes de ses clientes, qui sont pourtant les mieux placées pour savoir ce qu’elles veulent vraiment sur la tête. Encore un qui a raté une belle occasion de se taire.