J'avais prévu de vous parler d'un autre roman, mais ô joie, ô miracle ! Chantez mes frères ! J'ai enfin lu et apprécié un bouquin de John Irving !

On se calme. M'enfin quand même, c'est un événement. Voilà des années qu'on me bassine avec John Irving, comme quoi c'est trop super top méga cool. J'ai essayé il y a un moment (deux ou trois ans) de lire Le Monde selon Garp. Le bouquin m'est tombé des mains en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire... En fidèle adepte de Daniel Pennac (les droits imprescriptibles du lecteur) je me suis donné le droit de ne pas le finir. Rebelote quelques mois plus tard avec Un enfant de la balle.

Le week-end dernier à la bibliothèque il restait une place sur ma carte quand au détour d'un rayonnage j'ai vu Une prière pour Owen, du même John Irving. Je l'ai emprunté sans grande conviction, et j'ai adoré !

Johnny Wheelwright, le narrateur, nous raconte une histoire extraordinaire, celle de son ami Owen Meany - je devrais plutôt dire celle de son amitié avec lui. Owen est tout petit, et il a une voix extraordinaire - haut perchée, criarde. On entend presque cette voix dans le livre : Owen "parle" en majuscules. Petite parenthèses, au début c'est un peu troublant pour les habitués du Disque-Monde où c'est la Mort qui s'exprime en majuscules ! J'ai trouvé cet effet de style formidable, on sait toujours quand Owen parle, on ne peut pas oublier que sa voix est différente. L'histoire se dévoile, petites touches par petites touches, en un va-et-vient perpétuel entre ici et maintenant (1987 au Canada) et autrefois et là-bas (aux Etats-Unis pendant l'enfance des personnages principaux). Il y a une part de fantastique, Owen se révèle plein de talents mais c'est un des aspect séduisants du livre : même si le narrateur est convaincu de la nature miraculeuse de certains évènements (pas de spoilers :-) on n'est pas tout à fait forcés de le suivre.

J'essayerai d'emprunter d'autres romans de Irving dans les mois qui viennent et de vous dire ce que j'en ai pensé.

Le plus gros de l'intrigue de Une prière pour Owen se déroule aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam. C'est ce qui m'a décidée à vous parler aujourd'hui d'un autre roman. Je l'ai lu il y a trois semaines, il s'agit de Les deux morts de John Speidel, de Joe Haldeman, l'auteur de La Paix éternelle. Cette fois il ne s'agit pas du tout de science-fiction. On suit les parcours d'un jeune soldat et de la femme qui était sa petite amie quand il est parti au Vietnam. Un tiers du livre se déroule au Vietnam puis - attention spoiler - John Speidel, surnommé Spider, est rapatrié aux USA et soigné pour schizophrénie. A l'époque on ne connaissait pas le syndrome du stress post-traumatique.

Ce roman est assez dur, vu les sujets traités on peut s'y attendre. Le style employé est assez particulier, chaque section - parfois un paragraphe, parfois plusieurs, en tout cas des unités trop courtes pour être appelées chapitres - a un titre. On en éprouve au début l'impression que l'histoire est décousue, mais ça finit par donner une unité au livre.

Une prière pour Owen est paru dans la collection Points, Les deux morts de John Speidel en Folio.

Edit : dans les commentaires, conseils de lecture de Brendufat et d'Arbobo.