Est-ce que ça dit quelque chose à quelqu'un, les débats dans le style d'Oxford ? J'adore en faire. Ce sont des débats aux règles strictes, très simples à comprendre mais pas forcément faciles à appliquer.

Il y a deux clans, l'un soutient une proposition, l'autre soutient que cette proposition est fausse. Devant ces deux clans, un public, sinon ce n'est pas drôle, et un président qui fait, en somme, l'arbitre. On commence par un orateur qui défend une proposition. Il a un temps de parole précis, ne doit pas parler plus ou moins, et il est totalement interdit que qui que ce soit lui coupe la parole, excepté le président de séance si il sort du cadre. Puis un orateur du camp adverse récuse la proposition. Il a le même temps de parole, et là encore, on ne peut pas l'interrompre. Ensuite, un orateur du premier clan prend la parole, défend à nouveau la proposition en répondant si possible aux arguments de ceux qui la récusent. Puis c'est le tour d'un deuxième orateur qui récuse la proposition. On passe enfin aux questions du public, qui doivent s'adresser à l'un ou l'autre des camps, puis chaque camp, à son tour, fait un résumé de son point de vue, et on passe au vote.

C'est terriblement balisé, très strict, personne ne peut parler quand ce n'est pas son tour et il est juste hors de question que qui que ce soit à part le président de séance interrompe celui qui parle. J'ai eu l'occasion de pratiquer ce genre de débat à très petite échelle, en cours d'anglais, et c'est une expérience que j'ai adorée.

Pour commencer, ça oblige à réfléchir sérieusement à la raison pour laquelle on est convaincu de certaines choses. Je suis pour ou contre la pilule du lendemain, les ascenseurs, la nouvelle star, d'accord, mais pourquoi ? Il va falloir que je tienne le coup x minutes sur le thème, et que je sois convaincant vis-à-vis de gens qui, eux ne sont pas convaincus ; j'ai intérêt à ne pas me planter. J'aimais aussi, paradoxalement, défendre des opinions qui n'étaient pas les miennes : ça arrive forcément, car dans un groupe on a rarement 50% de gens pour et 50% de gens contre une proposition quelle qu'elle soit. C'est plein d'enseignements, car ça oblige à se mettre à la place de gens qui pensent des choses qu'on ne pense pas, à réfléchir aux arguments qu'ils emploient, et à déjouer les contre-arguments qu'on y opposerait nous-mêmes.

Pour nous autres français bouillonnants, c'est assez dur de se priver d'interrompre quelqu'un quand on pense qu'il dit une grosse bêtise. Ça change vraiment la donne. Déjà, ça oblige à écouter son "adversaire" jusqu'au bout de son raisonnement, qui se révèle parfois moins idiot une fois terminé que juste commencé. Ça oblige aussi à prendre des notes sur ce qui se dit, et à griffonner rapidement le contre-argument de la mort qui tue, qu'on oublierait sinon dans la chaleur du débat. Ça permet à des gens peut-être timides au premier abord, qui n'oseraient pas prendre la parole de peur de se la faire couper par de plus grandes gueules qu'eux, de développer leur parole, leurs arguments, pendant tout le temps qui leur est dévolu, et ça, c'est précieux.

A présenter comme ça, on a l'impression qu'on doit mourir d'ennui en regardant ou en participant à ce genre de débats, mais c'est tout le contraire. Le cadre rigide permet aux idées de s'épanouir, d'aller au-delà du jeu de celui qui a la plus grande gueule. Il sert de tuteur à de beaux raisonnements qui y fleurissent au lieu de se faire écraser à coups de bottes en caoutchouc avant même d'avoir pu faire pousser un bouton. Les forts en gueule qui ne savent qu'aboyer sans fin le même argument s'y font très vite démonter. Surtout, c'est un débat qui tient autant dans l'écoute que dans la parole, et qui permet, si on ne change pas forcément d'avis, de mieux comprendre ceux qui pensent différemment de nous. C'est sûr, ce n'est pas aussi foutraque que ce à quoi on a l'habitude d'assister en France, et c'est aussi important, d'être foutraque, parfois. Mais je trouve quand même que ça vaut le coup, et que parfois on en aurait bien besoin ici.