Les falsificateurs, d'Antoine Bello
Publié le jeudi 11 septembre 2008 - Des livres, des bouquins, de la lecture ! : Romans - Lien permanent
Voilà un roman dont on me parle depuis un petit moment, qu'on m'a prêté, et que j'ai dévoré. Il s'agit de Les falsificateurs, d'Antoine Bello. Le narrateur est un jeune islandais nommé Sliv Darthunguver (avec un nom aussi abominable, on est bien contents qu'il parle de lui à la première personne, ce qui nous évite d'avoir à le lire trop souvent). Sliv croit travailler dans un cabinet d'études environnementales tout ce qu'il y a de banal, mais en réalité, on observe ses réactions à de petites irrégularités dans les dossiers qu'il traite. Très bientôt, il se retrouve engagé dans un groupe multinational et très secret. Le CFR, voilà son nom, pour Consortium de Falsification du Réel. Vous l'avez compris : ces gens-là sont des menteurs professionnels, leur boulot est de faire prendre des vessies pour des lanternes.
Avec un sujet pareil, on pourrait s'attendre à une énième variation sur le thème du roman d'espionnage ou de la parano généralisée, mais c'est un peu mieux que ça. En plus de tenir une idée originale et intéressante (dans un monde qui accorde de plus en plus d'importance à l'information, celui qui la détient ou la manipule détient le pouvoir) et une intrigue passionnante, Bello a soigné son écriture plus que l'écrivain d'espionnage moyen, on ne risque pas de s'arrêter, agacé, en plein milieu d'une page parce que l'intrigue tient debout mais le style est atroce. Il y a même des passages assez drôles, même si ce n'est pas la tonalité générale du roman. Le seul vrai reproche que je pourrais faire à ce bouquin tient à sa fin. Figurez-vous qu'au fur et à mesure que j'approchais de la dernière page, je ne comprenais pas comment ça pouvait se terminer, il restait tant de points à éclaircir, tant de fils à rattacher... Eh bien, j'avais raison de me méfier. À la dernière page, j'ai vu les mots que je redoute presque plus que Fin : À suivre...
Que ça ne vous empêche pas de lire ce premier tome, qui est disponible en collection Folio. La suite finira bien par paraître.

Commentaires
moi qui suis orpheline depuis "les années" d'Annie Ernaux (excellentissime) , tu me donnes une idée...
Je n'ai jamais lu de bouquin d'Annie Ernaux, je serais donc bien en peine de te faire une comparaison. :-)
Anna, Annie Ernaux est dans le récit du réel devenu histoire. Elle part à sa recherche, détisse la trame, dénoue les noeuds. !si c'était un genre littéraire, on parlerait peut-être d'une littérature auto-historique, ou d'auto-biographie littéraire. Je te la recommande vivement, c'est un immense auteur.
Est-ce que le personnage principal Sliv Darthunguver joue aux fléchettes ?
C'est juste pour comprendre ce qu'il y a de caché dans ce nom étrange ("dart" veut dire jeu de fléchettes dans à peu près toutes les langues à racines anglo-saxones).
Polhymnie : s'il le fait, c'est dans un très bref passage - ce n'est pas une de ses caractéristiques principales. :-)
Ahah! C'est bien ce que je pensais. Le nom n'a pas été choisi au hasard. Sliv, prénom pseudo islandais et dart "hunguver" = probablement "hangover". A t-il souvent la gueule de bois ou une crampe, au bras par exemple ?
Je précise que les islandais n'ont jamais de nom comme celui-là et que ce n'est absolument pas un nom islandais mais une construction.
Là-dessus, je te crois sur parole, je ne suis jamais allée en Islande. Si tu veux te faire une idée sur le personnage, tu pourrais lire le bouquin - il a eu pas mal de succès donc il est dispo dans beaucoup de bibliothèques. :-)