Voilà un roman dont on me parle depuis un petit moment, qu'on m'a prêté, et que j'ai dévoré. Il s'agit de Les falsificateurs, d'Antoine Bello. Le narrateur est un jeune islandais nommé Sliv Darthunguver (avec un nom aussi abominable, on est bien contents qu'il parle de lui à la première personne, ce qui nous évite d'avoir à le lire trop souvent). Sliv croit travailler dans un cabinet d'études environnementales tout ce qu'il y a de banal, mais en réalité, on observe ses réactions à de petites irrégularités dans les dossiers qu'il traite. Très bientôt, il se retrouve engagé dans un groupe multinational et très secret. Le CFR, voilà son nom, pour Consortium de Falsification du Réel. Vous l'avez compris : ces gens-là sont des menteurs professionnels, leur boulot est de faire prendre des vessies pour des lanternes.

Avec un sujet pareil, on pourrait s'attendre à une énième variation sur le thème du roman d'espionnage ou de la parano généralisée, mais c'est un peu mieux que ça. En plus de tenir une idée originale et intéressante (dans un monde qui accorde de plus en plus d'importance à l'information, celui qui la détient ou la manipule détient le pouvoir) et une intrigue passionnante, Bello a soigné son écriture plus que l'écrivain d'espionnage moyen, on ne risque pas de s'arrêter, agacé, en plein milieu d'une page parce que l'intrigue tient debout mais le style est atroce. Il y a même des passages assez drôles, même si ce n'est pas la tonalité générale du roman. Le seul vrai reproche que je pourrais faire à ce bouquin tient à sa fin. Figurez-vous qu'au fur et à mesure que j'approchais de la dernière page, je ne comprenais pas comment ça pouvait se terminer, il restait tant de points à éclaircir, tant de fils à rattacher... Eh bien, j'avais raison de me méfier. À la dernière page, j'ai vu les mots que je redoute presque plus que Fin : À suivre...

Que ça ne vous empêche pas de lire ce premier tome, qui est disponible en collection Folio. La suite finira bien par paraître.