Au service de
Publié le mercredi 15 octobre 2008 - La vie, l'univers et le reste - Lien permanent
Comme la plupart d'entre vous le savent, je suis bibliothécaire. C'est un métier qui fait partie de ce qu'on appelle communément les professions de service. Je ne fabrique rien au sens strict du terme, mon travail consiste, in fine, à être au service des usagers de ma bibliothèque.
Je vois déjà des gens bondir en lisant cette phrase.
Il faut dire que pour moi, être au service des usagers ne consiste pas à faire leurs quatre volontés. Par exemple, faire respecter le règlement, en général ça ne plaît pas (sur le coup) à ceux qui ont rendu des documents en retard ou font un barouf du diable. Mais en le faisant respecter, je sers le plus grand nombre qui aimerait récupérer les livres à leur tour ou réfléchir en paix. En gros, je pense qu'on peut être au service des gens sans devenir servile, tout comme on peut être diplomate et dire tout de même ce qu'il y a à dire, sans lécher tous les culs qui passent.
Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que la tentation est souvent forte de tomber dans deux extrêmes qui nous font sortir de cette simple notion de service.
Parfois, je voudrais accorder tout ce qu'ils demandent aux usagers. Ça n'a rien de drôle de devoir rappeler les gens à l'ordre ou leur refuser ce que la bibliothèque ne propose pas. Imaginez. On doit construire un mur assez solide pour résister aux coups de bélier des demandes répétées des lecteurs, mais ce mur doit aussi rester joli, c'est-à-dire qu'on doit rester souriant, poli, affable, sauf si en face on sort la TNT, et encore. Le visage de la bibliothèque, que chacun incarne quand il est à l'accueil, doit rester regardable. C'est usant à la longue de supporter l'agressivité de ceux à qui on dit non, et les merci sincères pour le service qu'on rend sont rares. Mais sur le long terme, c'est en gardant cette attitude qu'on sert au mieux le plus grand nombre.
Parfois, à l'inverse, on est tellement fatigué qu'on prend des décisions en pensant d'abord à ce qui sera pratique pour le fonctionnement de la bibliothèque, même si ça oblige les usagers à se plier à des procédures qui pourraient être plus simples. C'est tentant, bien sûr. Mais le lecteur qui sent qu'il ne compte pas pour grand-chose dans sa bibliothèque risque fort de ne pas revenir, et ces décisions sont contraires à l'idée de service rendu.
J'aime mon métier, et je suis fière de le faire. J'aimerais néanmoins que plus de gens comprennent que garder pas trop amochée l'envie de rester à leur service n'est pas évident au jour le jour... J'aimerais aussi que tous les bibliothécaires gardent cet idéal dans la tête. Car cette notion est bien un idéal : quelque chose vers quoi on tend chaque jour.

Commentaires
Tiens.. 'être au service de'.. ça me rappelle qqchose....tout ton post me rappelle qqchose...qui recommence demain à 8:20...
Bon courage Anna :p
Désolée de te l'avoir rappelé. :-)
C'est sans doute moins crevant avec des adultes, tu as toute mon admiration de faire ça toute la journée avec des petits.
(Tu sais quoi ? Je m'attendais vraiment à ce que le premier commentaire dise Sa majesté, tout de même. ;-)
Ha nananananan, je veux dire, les casse-pieds, ce sont les adultes, justement !
Les enfants, ils sont comme ils sont, ils nous fatiguent, ils sont durs éventuellement, mais eux, même s'il y a un tempérament de fond (inné/acquis) ils ont l'excuse de leur jeunesse et ils sont comme leurs parents les élèvent ou comme la société/ l'environnement les construisent.
Des adultes, donc..
Et la boucle est bouclée...
(non mais tu crois vraiment que j'allais penser à 007?Un gars qui de temps en temps cavale, tire un coup de pistolet, enfin, y'a plusieurs sortes de pistolets, qui crame des bagnole en faisant des tonneaux, bref, de la petite bière quoi...Les jamettes bond c'est nous tous les jours, ha mais.)
Gné? Kesskila mon comm?J'ai dû mettre un blanc avant la phrase, désolée.
C'est réparé. Et tu as raison, c'est nous les héroïnes ! ;-)
En ce qui me concerne, je ne peux pas lire ou dire "au service de" sans penser tout de suite "sa majesté", c'est comme ça, le pire c'est que je ne suis même pas sûre de l'avoir vu, ce film (sans Sean Connery, James Bond...)
Ouaip. Confère ce que dit Djac sur la société individualiste et le moi érigé en norme universelle...
En plus, c'est dommage, car se montrer aimable est plaisant en soi ; ces gens loupent de bons petits plaisir simples et contreviennent à la lubrification sociale.
Certes, mais il n'y a pas que les usagers chiants, Ardalia. Il y aussi les bibliothécaires qui ne veulent pas se faire chier, et c'est tout aussi emmerdant pour le bon fonctionnement de la chose. Entre tout donner à l'usager et tout garder pour soi, c'est un équilibre à trouver... :-)
Je viens juste mettre mon grain de sel pour dire que tu fais un bien beau métier même si je conçois qu'il ne ne faille pas tomber dans l'angélisme. Mais des clients (ou usagers) casse-pieds, on en trouve partout et je me plais à imaginer que quand les tiens viennent dans une bibliothèque, c'est avant tout pour l'amour des livres...
Ppn : j'aimerais croire ça, tout comme j'aimerais que tous mes confrères soient devenus bibliothécaires par amour des livres et volonté de les partager, mais j'ai bien peur que ça ne soit un peu utopique. :-)
J'adore la bibliothèque de mon petit village, j'en ai parlé récemment chez moi, avec les enfants, on y est presque toujours fourrés, du moins au moins une fois par semaine...
Tiens je parlais justement avec la bibliothécaire, on s'appelle par nos prénom, je trouvais que ça avait l'air cool de travailler là et elle m'a confirmé que c'était effectivement très plaisant...
Bon chez nous le bibliothèque n'est pas ouverte tous les jours mais elle fait la tournante avec d'autre petites bibliothèques de la communauté de communes.
Merci de ton passage chez moi.
Elféebibliothécairement vôtre
Et merci à toi de passer ici, Anissina. :-)