Pet peeves
Publié le vendredi 9 janvier 2009 - De choses et d'autres : Pet peeves - Lien permanent
J'inaugure aujourd'hui une nouvelle catégorie que j'ai appelée pet peeves. C'est une expression anglaise qui se traduit très mal en français - en gros, ce sont des choses qui ennuient ou énervent profondément une minorité de personnes. Par exemple, détester les crottes de chien sur les trottoir, ce n'est pas un pet peeve ; a priori, ça ennuie tout le monde... Par contre, haïr les bouches d'égout en est un, puisque la plupart des gens s'en fichent.
Or donc, voici mon premier pet peeve. J'ai horreur qu'on dise "je vais tirer les conséquences de" ceci ou cela. Parce qu'une conséquence n'a pas besoin qu'on la tire, elle arrive, c'est tout. Ce qu'on peut tirer, c'est une conclusion ou une leçon. Comme disait Pennac, une conséquence est justement le crash d'une conclusion mal tirée.

Commentaires
Tiens tiens, c'est la lettre de mon Leplusgrandtom qui t'a énervée comme ça ;-)
Bon, sinon c'est effectivement une mauvaise tournure langagière qu'on entend souvent (télé, par ex)
Que peut-on tirer intelligemment dites voir? La chasse d'eau?(ben quoi je reste dans la série crottes de chien-bouches d'égoût)
Alors un pet peeve parmi d'autres, pour moi, par ex:
"c'était dans les années 1974".
Stop: soit c'était 'en 1974', soit c'était 'dans les années 1970', soit c'était 'autour de l'année 1974'.
Ca m'agace ça...
Bon, de deux choses l'une :
- je trolle ce billet et toute cette nouvelle rubrique en proposant 283 pet peeps ;
- je me les croque sévère (oups, j'anticipe sur une de mes pet peeps préférés) et je ne commente que sur le pp du jour.
Et porqué pas un mix des 2, suivant en la matière la jurisprudence mebz inaugurée ce jour ?
- je commente le pp d'Anna,
- je commente les pp des autres,
- je ne rajoute qu'UN SEUL pouf prout par billet.
On remarquerait ici que je commence l'année 2009 par une autodiscipline digne des contritions trappistes des plus chartreuses.
Bon, alonzi, le pouet pouet, et ensuite ma réflexion plus générale sur Léon Bloy, François Rollin et toute cette sorte de mecs (et quand je dis les mecs, j'embrasse aussi les filles).
Le pire du pilou pilou d'Anna (euh... ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit hein), c'est que cette expression (tirer des conséquences, suivez nom de Zeus !) est sûrement un mélange d'incompréhension à partir des véritables formes grammaticales, en l'espèce :
- en lire les conséquences d'une part,
- tirer à conséquences dans l'autre main.
Mais je dois reconnaître que ce pouic pouic là ne m'en chaud tripette. Mais promis : je vais désormais m'énerver dès que je l'entendrai.
Quant au pouet pouet de Mebz, dans les années 1974, je tiens à m'ériger en défenseur du diable et de l'orphelin. En effet, et bien que je n'aie pas vérifié dans mon Georges Iffrah (et sa somme encyclopédique sur l'histoire universelle des chiffres, deux tomes passionnants chez Bouquins), "dans les années 70" fait communément référence à la déclinaison d'une décennie (en l'espèce les années 197n, où, pour tout n € N, 0 ≤ n ≤ 9 (cf. démonstration accompagnée des soluces sur Pop Hits)).
Or, outre l'ambiguïté du 0 (l'année 70 est énumérativement parlant la dernière de la 7e décennie du siècle, ayant commencé le 1er janvier 1961 pour s'achever le 31 décembre 70 dans moult libations orgiaques), la référence "dans les années x" se rapporte davantage à un point d'ancrage hisorique aisément compréhensible par l'auditoire (ou le lectorat, c'est selon).
Ainsi, pour reprendre le très pertinent exemple de Mebahel mais si piteusement décrié (shame shame shame shame shame shame on you sur l'air de "j'aime tes genoux") "dans les années 1974" pourrait signifier :
- les années autour de 74, période de l'acmé des chanteurs à minette (Brant, Cloclo, Ringo..., on se reportera à une notice détaillé ici (http://www.pop-hits.net/article-230...) ou là (http://www.pop-hits.net/article-175...)),
- les années à partir de 1974, ie durant le septennat giscardien, période d'ébourriffance totale (c'est fou ce qu'on a ébouriffé),
- pendant les années -1974 (AVJC) et +1974 (après Jean-Claude, donc), qui ont ceci d'extraordinaire qu'elles mettent Mebahel en totale contradiction avec sa démonstration (car ui, médamzémessieurs : grammaticalement, ça marche !).
Alors bon, que dire d'autre ? Ah ui ! mon prout prout.
Euh... b'en par exemple, je déteste quand on emploie les adjectifs à la place des adverbes sans le faire exprès (pasque c'est par brocardage que je le fais, nuance).
Genre : "Je l'ai kiffé grave l'aut' caille".
Consternant.
Non, ce n'est pas correct jeune homme. On devrait au moins dire "Je l'ai kiffé gravement l'aut' caille", si tant est que l'adverbe gravement fut adapté au verbe kiffer. Or,outre ce mésemploi de l'adjectif à la place de l'adverbe, il s'agit ici d'un emploi malencontreux de grave ou gravement à la place de beaucoup ou d'énormément ou de tout adverbe quantifiant grandement.
Brefle, ça me les gonfle sévère.
Et pis sinon, je voulais dire que j'ai près de ma tête de lit des tas de petits ouvrages précieux, de l'Exégèse des lieux communs de Bloy (en plus, c'est d'une méchanceté joussive, en poche chez Rivages) aux grands mots du Professeur Rollin, en passant par Vialatte, Breton, Desproges et consorts, dont je picore le soir quelques mots, truismes et autres dénonciations grammatico-lexicales.
Et je ferme mon comm', comme toujours bien trop long lorsqu'il s'agit de bavasser ma science de nerd.
Faut dire que j'ai trop grave du taf stressant aujourd'hui, et que j'avais grave de chez groove besoin de me dégourdir le neurone.
Ci fait.
@Anna, pareil, sauf que moije me contente de soupirer maintenant. Même les "normales saisonnières" des températures ne me font, moije, personnellement, plus hululer. L'âge, sans doute, puisque moije suis naquie aux environs des années 1974 (chacune d'elles, oui !), pendant la crise passagère - pléonasme, moij'écris ton nom ! - de l'huile de pétrole qui a causé une grosse problématique...
Désolée, c'est que moij'ai découvert hier le pronom moije, alors, personnellement, moije me familiarise.
l'adjectivation des adverbes est une tendance nette de l'usage, elle vaincra. Moij'aimerai savoir qui s'est énervé quand on a fait de l'adverbe quasi - latinisant, toutes ses dents - un adverbe adverbialisé en quasiment ? Les lettrés. Et alors ?
"Moij'aimerai savoir qui s'est énervé quand on a fait de l'adverbe quasi - latinisant, toutes ses dents - un adverbe adverbialisé en quasiment ? "
François Ier peut-être ? Robert le Petit nous le date de 1505 ^^
Je vous aime, les gens. :-)
@Chistophe, oh, c'était le genre à s'énerver, François ?
Bref, ce dont tu parles correspond à une évolution de la langue. Un exemple banal, fort est un adjectif et pourtant on dit je t'aime fort. l'adjectif est utilisé comme un adverbe (au contraire de "je l'estime fort" où il est bien question d'un adverbe). Autre exemple : il poussait le bouchon, je l'ai remis à sa place : normal, je suis son père. Il y a ici élision du présentatif "c'est" mais on s'en passe très bien... La confusion de ces deux genres de mots amène assez logiquement à leur confusion. L'un qualifie le verbe, si j'ose dire, l'autre qualifie le substantif, la belle affaire. L'on m'objectera que l'adverbe est invariable mais "je ne suis pas prête de lui pardonner" au lieu de "près de" prouve bien qu'il y a un besoin de cohérence. Les linguistes ne se leurrent plus, les jours des adverbes autre qu'en -ment sont comptés.
Les exemples d'Anna et de Mebahel font état de connerie, mais ici, c'est une évolution de la langue en cours qui répond à un besoin. Tchwois cque moije veux dire ? ;)
Jwois ouaaiis. ^^
Quoique.
Je suis prêt à lui pardonner ≠ je suis près de lui pardonner.
Et pis, je reste quand même assez grave vénere de ce mésemploi de l'adjectif et de l'adverbe, fut-il le signe d'une transformation normale de la langue.
C'est que j'aime bien les adverbes, moije.
Sinon, je ne sais si François s'énervait, mais il était très capricieux. Y a qu'à demander aux Italiens ^^.
Bigre, un pet peeve n'est pas forcément grammatical, si ?
dans le cas présent est ce qu'on pourrait le traduire par tic de langage ?
en tout cas il y en a un qui m'énerve, de tic, c'est l'habitude de remplacer un simple "oui" par tout à fait, ou absolument.
Effectivement.
Rififi: toutafé.
Rhoupitaingue, Christophe, tu m'as donné fort mal à la tête, a fallu que je te relise :-)
Bref, j'aurais dû choisir une autre 'les années'.
Surtout à cause des minets chanteurs...
Quant à l'évolution de la langue (de bois?)(dont on fait les héros?)(saces?) j'ai la chance de pouvoir faire rectifier mes p'tits élèves (ripitafteurmi koméladimaicresse) sans qu'elles et ils ne s'offusquent...mais combien de temps cela peut-il durer...
Ah on s'la pète, hein.
Sauf que dans
"On devrait au moins dire "Je l'ai kiffé gravement l'aut' caille", si tant est que l'adverbe gravement fut adapté au verbe kiffer."
fut devrait prendre le circonflexe : fût
(mon pet peeve à moi, ce sont ces gens qui emploient le subjonctif imparfait et le vautrent grave ^^)
Plus sérieusement, "quasi", avant d'être un adverbe ou une racine d'adverbe adverbiarisé, ou un élément de nom composé (un quasi-pet peeve), est d'abord un SUBSTANTIF, oui mesdames, oui messieurs, exemple : un quasi de veau (miam).
Rififi : un pet peeve, c'est un truc qui fait chier, mais toi particulièrement. Les miens sont souvent liés au langage, mais tu peux aussi bien détester les gens qui portent leur petit chien dans les bras ou ceux qui téléphonent avec une oreillette si tu veux. ("peeve" veut dire irritant - Peeves est le nom du poltergeist dans Harry Potter en VO - et pet, familier.) :-)
Ama-L : j'ose à peine demander, c'est quoi un quasi de veau ?
Les autres : je vous lis avec attention, c'est intéressant !
Ama-L : pêtâsse ! ^^
Un truc que je trouve particulièrement laxatif: les 75% de conducteurs/trices qui ne se donnent pas la peine de mettre leur cligno quand il le faudrait, comme si la route leur appartenait ou que l'on était tous dans leur tête à connaître leurs intentions et les considérer comme sacrées.
Minerve par Zeus.
Effet de la neige dans mon coingg: amabilités et sourires au volant, plein plein de clignos, priorités aux piétons où qu'ils et elles soient, mais passez donc je vous en prie, mais pas du tout je n'en ferai rien...sauf que voilà, c'est fini demain, quoi.
Côté langage, dans le folklore familial les
'par contre' et 'un espèce' (mais pas que) faisaient particulièrement l'objet d'un énervement paternel... qui m'est resté.
Quant au quasi de veau, j'ignore de quoi il s'agit, mais il doit se mordre les sabots d'être venu au monde pour être traité de quasi ou finir chez le traiteur... ou les deux?
:-D
mebahel, dans mes bras !!! les clignotants c'est énervant ;o)
le quasi c'est comme le cœur de veau ou le cul de longe, mais je ne sais pas s'il a un autre petit nom dans le nord
Pile poêle Rififi, le quasi de veau a bien ces jolis petits noms dans le sud.
C'est le muscle fessier du veau, l'équivalent du rumsteak pour le boeuf.
Quant à savoir pourquoi on appelle ça un quasi... Voilà ce que dit le TLF :
"Orig. inc. Peut-être empr. au turc, cf. le turc oriental kasi, kasï, khazi «pli du ventre (aine?) chez l'homme; graisse du ventre chez le cheval» (XIe s., Turkestan), « graisse du ventre, saucisson de cheval » (Asie centrale) et le turc occ. (de Turquie) kasik «aine, bas-ventre, pubis» (d'apr. J. DENY ds Fr. mod. t. 26, pp. 256-258). Selon une autre hyp., rapportée ds Ac. Gastr. 1962, «peut-être est-ce tout simplement le latin quasi, comme si, parce que ce morceau situé sous le gîte à la noix, est comme s'il était du gîte»."
Et bon appétit bien sûr ;)
Yurk.
Humph, pardon.
Je tente d'être le 18eme à tirer, ici, sur les séquences (je peu pas écrire "con", ça m'est interdit). Quand à en arriver au muscle fessier du veau : bonjour la prouesse ; c'est génial ! ... Ah oui, ma présentation est de l'humour surtout et rien d'autre, d'accord la Musardine clavardeuse ?!
Oups ! On me pardonnera (ou pas, c'est selon) d'avouer avoir déjà tiré une conne, c'est con... (bon, remarquez, cela n'a pas tiré à conséquences, je me défends pas mal non plus en connerie).
Voilà un filon inépuisable...
Christophe : chapeau bas pour la définition bourbakienne des années 1970 ! Rhaa ça m'a rajeuni d'un seul coup, d'un seul.
mebahel+rififi : d'après des observations personnelles (non publiées) l'usage du clignotant semble dépendre de la latitude. Des perturbations du champ magnétique terrestre, peut-être ?
Un agacement de langage, la floraison inexplicable des formules à rallonge. Le "jour d'aujourd'hui" est un classique souvent relevé par d'autres, mais les "bonne journée à vous" ou "merci à vous" me hérissent le poil.
Le quasi de veau, c'est bon, au fait ! Pour impressionner ton boucher, demande-lui ensuite de l'onglet, du merlan, de l'araignée ou de la poire plutôt qu'un steak, le brave homme sera conquis...
Voilà un concept intéressant, je vais y réfléchir...