L’autre jour, j’ai entendu une amie chanter plus ou moins en yaourt Kick the bucket. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, dans cette chanson, Charlie Winston nous rappelle qu’on va tous casser notre pipe (kick the bucket) un jour, et qu’il faut profiter de la vie, du coup. Rien de bien méchant, me direz-vous, ni de très original, mais connaissant l’amie en question j’étais un peu étonnée - elle a un truc avec la mort, elle n’aime pas y penser ni en parler. Du coup, je lui ai demandé pourquoi elle avait choisi cette chanson en particulier, et je me suis rendu compte qu’elle ne savait pas du tout de quoi ça parlait. Cette histoire m’a laissée songeuse, et m’a donné envie de réfléchir à la fonction des paroles de chanson, et à nos rapports avec elles.

Du point de vue des compositeurs, on peut voir deux grandes options. Il y a ceux qui ne considèrent les paroles que comme un truc pour s’occuper la bouche pendant qu’on chante, du remplissage, quoi. Je pense à toutes les chanson hôns(1) (encore que, le compositeur de chanson hôn a-t-il conscience qu’il en écrit une, ça se discute, et je dirais “pas toujours”), mais aussi aux onomatopées du scat ou à la turlute.

À l’autre bout du spectre, il y a les chansons qui tiennent essentiellement sur les paroles. Là, on pense au slam ou au rap, par exemple.

Voilà les deux extrêmes, avec entre les deux autant de variantes que de chansons, quasiment.

Du côté de celui qui écoute, on peut également observer des attitudes très différentes. Pour commencer, il y a ceux, comme ma copine, qui se fichent un peu des paroles. Ils les apprennent vaguement, phonétiquement même si c’est en français, et font parfois des erreurs comiques (on a cité dans Là-bas si j’y suis une auditrice qui avait toujours cru qu’Émile avait perdu la raison). Ceux-là ignorent le plus souvent tout des sous-entendus de certaines chansons. Quand ce sont les chanteurs, c’est évidemment un peu plus ennuyeux que quand il s’agit de tout un chacun, mais c’est une autre histoire.

Ensuite, il y a ceux qui écoutent, tentent de retenir et de comprendre les paroles, y compris quand elles sont dans une langue qu’ils ne comprennent pas (merci le réseau Internet), qui sont déçus quand elles sont hôn alors qu’elles sonnaient bien à une oreille non avertie, et qui ne chantent pas ce qui ne leur plaît pas, sous-entendus compris.

Là encore, ajouter entre les deux autant de variantes que de gens qui écoutent des chansons, parce qu’on se ferait quand même ‘achement chier si on était tous pareils ou aisément mettables dans des cases.

Après ça, on s’étonne que le miel d’eucalyptus des uns soit le miel de chou-fleur des autres…