On s’était rencontrés sur une route. Tous les deux à marcher lentement en levant le pouce, d’un côté et de l’autre de ladite route ; j’allais vers l’est, elle vers l’ouest. L’asphalte était désert. Il y avait peut-être du foot à la télé. Toujours est-il que son apparition m’a fait plaisir, enfin une distraction dans cette journée qui n’en finissait pas. On s’est présentés, on a papoté, on a fleureté, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire… Vous m’avez compris. Le bas-côté était accueillant. Elle était si jolie. Je ne reconnaitrais plus son visage aujourd’hui, mais je me rappelle avoir pensé qu’elle avait les plus beaux pieds du monde.

Et puis le temps. Et puis vingt ans. J’ai terminé mes études, je suis devenu podologue, et je n’ai plus jamais entendu parler de la belle inconnue à qui j’avais pourtant laissé mon numéro de téléphone.

Vous me regardez bizarrement, vous vous demandez pourquoi je vous raconte tout ça ? Mademoiselle, vous avez ses pieds, exactement ses pieds, et j’ai vu votre année de naissance sur votre carte vitale. Est-ce qu’elle vous a parlé de moi ?


photo sépia représentant un homme portant un chapeau "de cow-boy", la tête posée sur les bras.

Ce texte est ma participation au cinquième diptyque d’Akynou, cinquième semaine - il s’agissait d’écrire un texte inspiré par la photo ci-dessus, prise par Akynou elle-même.