La maman
Publié le lundi 26 juillet 2010 - De choses et d'autres : Pet peeves - Lien permanent
Lu il y a peu, dans un courrier à moi adressé par un disciple d’Hippocrate, attention, j’ouvre les guillemets : “(…) et la maman de (prénom) amènera le vaccin.”
La féministe en moi commence par s’étonner qu’on parte du principe que c’est la mère qui accompagnera l’enfant chez le médecin, le petit ayant également un père qui, sauf preuve du contraire, est capable d’emmener son fils au cabinet médical. Puis c’est l’ancienne étudiante en Lettres qui fait des bonds devant la familiarité du terme. “La maman”. Comment ça, “la maman” ? Il n’y a plus de mères, dans ce pays, seulement des “mamans” ?
Or donc, mise au point. “Maman” est le terme souvent employé par les enfants pour parler à leur mère. C’est familier, ça décrit une relation. Le père, la famille, les amis peuvent tout à fait parler à l’enfant de “sa maman”, pour qu’il voie bien de qui on parle, jusque là rien de choquant. Par contre, dans un courrier administratif adressé à une mère, on la qualifie de “mère”, pas de “maman”. Parler de “la maman de (prénom)”, c’est infantilisant, c’est familier dans un contexte qui ne l’est pas, bref ça ne colle pas. On me dira qu’il s’agit d’ajouter un peu de tendresse dans un monde de brutes. Soit ! Pourquoi alors appeler l’enfant par son prénom ? Pourquoi ne pas écrire “la maman du petit trésor amènera le vaccin” ? Voire même “la maman du petit trésor amènera le vaccin chez le docteur mon chéri” (si c’est comme ça que sa femme l’appelle) ?
Notez bien que je ne blâme pas seulement le médecin (ou sa secrétaire) auteur du courrier en question ; on le lit et on l’entend partout, ce “maman” incongru. “La maman du coureur cycliste”, “et dites-moi, qu’en pense votre maman ?”, question posée à un adulte… Par pité, laissez le “maman” à la sphère privée, arrêtez de tout mélanger. “Mère” ne s’écrit pas avec un d, que je sache, on peut donc le dire sans se fâcher avec celle à qui on le dit.

Commentaires
Je suppose que tu l’as dit au médecin et tu as eu totalement raison :-)
A moins que ce soit le père qui y est allé en disant qu’il a amené le vaccin même si c’est pas lui qui était sensé le faire…
c’est vrai que ça fait bizarre d’entendre ‘comment va/que pense votre maman ?’ ce mélange d’intimité de de vouvouiement..
Je ne l’ai pas encore dit au médecin, mais je le ferai quand j’en aurai l’occasion. :-)
A quelques exceptions près, tout le corps médical, et l’organisation qu’ils ont mis en place, est infantilisant pour les parents.
J’en veux pour preuve les 2 pires journées de ma vie que j’ai passé dans un hôpital, enceinte de 8 mois, accompagnant mon petit de 17 mois à ce moment. J’y ai perdu à peine entrée dans les lieux mon statut de mère pour devenir un pantin, une potiche, un punching ball. Mes raisonnements étaient tous raillés, et surtout ma connaissance de mon enfant ne comptait pas alors que l’équipe venait juste de le rencontrer….
Je suis donc devenue très méfiante.
Je ne limiterais pas le phénomène aux parents ; certains hôpitaux ont un fonctionnement infantilisant pour le patient, tout court. Je ne sais pas si c’est une majorité, mais j’ai vu des exemples frappants.
Prendre connaissance de la loi Kouchner.
Qui dit entre autres que :
Toute personne a le droit d’être informé sur son état de santé, et plus précisément sur :
* les différents traitements, actes et investigations proposés,
* leur utilité,
* leur nécessité ou leur urgence éventuelle,
* leurs conséquences directes et celles en cas de refus,
* leurs risques fréquents ou graves normalement prévisibles,
* l’existence d’alternatives.
Le patient doit ainsi disposer de tous les éléments nécessaires à la compréhension de sa situation médicale personnelle, pour pouvoir donner de manière libre et éclairé son consentement aux actes médicaux et aux traitements.
http://www.aavac.asso.fr/loi_kouchn…
Certes, mais en pratique, pour faire respecter ça, il faut une force qu’on n’a pas forcément quand on est, précisément, malade. La loi n’a “que” 8 ans, il faudra plus longtemps que ça pour que toutes les mentalités changent et qu’informer le patient devienne normal et naturel.
..Et il faut que le personnel médical ait le temps de consacrer qqes minutes à tout bien expliquer.. c’est pas gagné non plus.
C’est pas faux. D’un autre côté, vu les pratiques de certains, je pense que ça ne leur prendrait pas plus de temps d’expliquer les choses de manière compréhensible que de se lancer dans 10 minutes de jargon ininterruptible.
Il ne faut pas se voiler la face, la connaissance est une partie du pouvoir, et même si je ne doute pas que beaucoup de médecins n’aient pas de problème pour la céder, d’autres en ont un et ça ne date pas d’hier.
Bonjour Anna,
“(…) et la maman de (prénom) amènera le vaccin.”
Vous écrivez “Puis c’est l’ancienne étudiante en Lettres qui fait des bonds devant la familiarité du terme. “La maman”.
J’aurais préféré que l’ancienne étudiante en Lettres bondisse devant l’emploi inapproprié du verbe amener, qui ne s’emploie qu’avec une personne et non une chose.
“(…) et la maman … apportera le vaccin.”
Concernant l’emploi de l’hypocoristique maman, que vous considérez comme infantilisant dans ce contexte, il est certes réservé à la sphère familiale ou au langage des enfants en français standard. Je vous signale toutefois que ce terme est employé dans des situations de discours formel (donc comme strict équivalent de mère) dans l’Est de la France, en Wallonie méridionale et en Suisse Romande. Réf. le Dictionnaire des Régionalismes de France.
Bienvenue, Jojojr!
J’aurais dû préciser pour les nouveaux venus : la catégorie de ce billet précis est importante. Il s’agit de “pet peeves”. C’est une expression anglaise qui désigne les choses qui portent sur les nerfs (peeve) d’une personne en particulier (d’où le “pet” qui veut dire familier, en gros). Par exemple, détester les maux d’estomac n’est pas un pet peeve, je ne vois pas grand monde qui aime ça… Par contre, être appelé “la maman” par quelqu’un qu’on ne connait même pas m’agace au plus haut point, quand beaucoup ne l’auraient sans doute même pas remarqué. :-)
“la connaissance est une partie du pouvoir”
bien d’accord Anna et pouvoir/savoir nommer choses et gens aussi :-).
Pour Jojojr, ok pour les verbes amener //apporter mais pour le vocable ‘maman’, vu qu’on est bien dans du français standard, l’argument de l’exception culturelle régionale ne fonctionne pas.
Dans les paperasses admins que je suis amenée (haha) à faire passer aux parents, il ne m’est même pas envisageable de porter ‘maman’ ou ‘papa’.(et moins encore de parler de ‘maman’ où le l’homme de la famille serait nommé ‘père’ et réciproquement.
Mais chuis pas ancienne étudiante en lettres…
Oh là là, râleuse !! ;-)
C’t’un pédiatre ?
Ca ne m’étonne pas alors, ils ont tellement l’habitude de parler aux pitinenfants en bêtifiant qu’ils font pareil avec les adultes. Ca doit être un mode automatique sur lequel ils switchent dès qu’ils arrivent au boulot ?
La dernière fois que j’ai amené mon neveu (et là comme le précise le commentaire précédent, je peux, c’est une personne mon neveu. Perso j’ai bondi plus devant ça que devant le “maman”) chez le médecin :
- Vous êtes la maman ?
- Non, je suis la soeur de son père
- Ah… vous êtes la tata…
Heu ben non, je suis sa tante ducon !
(Ca je me suis contentée de le penser, hein !;-))
J’aime beaucoup l’histoire de la ” maman” (eh oui, forcément, une femme c’est fait pour s’occuper des gosses, c’est bien connu). Parfois ce sont les femmes (d’un certain âge) qui font le mieux respecter cette loi non écrite.
Anecdote : épisode arrivé à un mien ami, père au foyer nanti de trois enfants. Un samedi, la mère part s’acheter des trucs dans un grand magasin et les laisse dans le hall. Lui papote avec ses gosses, quand il se voit littéralement entouré de trois commères qui le regardent de travers. L’ambiance devient pesante et il finit par leur demander (poliment) si elles veulent sa photo.
“Ces enfants, ils sont à vous ? rétorque sèchement l’une des haridelles.
- Euh, oui…
- ET…OU EST LA MERE ???”
Cela se passait, l’eussiez vous cru, en Suisse allemande.
Madame Patate : Je veux bien que ce soit une déformation professionnelle, mais je ne peux pas m’empêcher de remarquer que Mebahel, qui est instit’ et passe donc elle aussi ses journées avec les gosses, fait bien la différence entre eux et leurs parents. :-)
En laissant le “Ducon” de côté (ne jamais se fâcher avec quelqu’un qui va planter une aiguille dans quelqu’un qu’on aime) tu aurais dû le lui dire !
Constantin : Bienvenue ! C’est navrant, n’est-ce pas ?