Lu il y a peu, dans un courrier à moi adressé par un disciple d’Hippocrate, attention, j’ouvre les guillemets : “(…) et la maman de (prénom) amènera le vaccin.”

La féministe en moi commence par s’étonner qu’on parte du principe que c’est la mère qui accompagnera l’enfant chez le médecin, le petit ayant également un père qui, sauf preuve du contraire, est capable d’emmener son fils au cabinet médical. Puis c’est l’ancienne étudiante en Lettres qui fait des bonds devant la familiarité du terme. “La maman”. Comment ça, “la maman” ? Il n’y a plus de mères, dans ce pays, seulement des “mamans” ?

Or donc, mise au point. “Maman” est le terme souvent employé par les enfants pour parler à leur mère. C’est familier, ça décrit une relation. Le père, la famille, les amis peuvent tout à fait parler à l’enfant de “sa maman”, pour qu’il voie bien de qui on parle, jusque là rien de choquant. Par contre, dans un courrier administratif adressé à une mère, on la qualifie de “mère”, pas de “maman”. Parler de “la maman de (prénom)”, c’est infantilisant, c’est familier dans un contexte qui ne l’est pas, bref ça ne colle pas. On me dira qu’il s’agit d’ajouter un peu de tendresse dans un monde de brutes. Soit ! Pourquoi alors appeler l’enfant par son prénom ? Pourquoi ne pas écrire “la maman du petit trésor amènera le vaccin” ? Voire même “la maman du petit trésor amènera le vaccin chez le docteur mon chéri” (si c’est comme ça que sa femme l’appelle) ?

Notez bien que je ne blâme pas seulement le médecin (ou sa secrétaire) auteur du courrier en question ; on le lit et on l’entend partout, ce “maman” incongru. “La maman du coureur cycliste”, “et dites-moi, qu’en pense votre maman ?”, question posée à un adulte… Par pité, laissez le “maman” à la sphère privée, arrêtez de tout mélanger. “Mère” ne s’écrit pas avec un d, que je sache, on peut donc le dire sans se fâcher avec celle à qui on le dit.