Daniel Pennac sera à Lille mercredi.
Je n’y serai pas.
Daniel Pennac est pourtant un de mes auteurs préférés, et depuis très longtemps. En voyant sa tête sur l’affiche du Furet du Nord, j’ai d’abord poussé un petit cri joyeux. C’est quand j’ai imaginé la scène que j’ai quelque peu déchanté.
Il va y avoir du monde. Beaucoup de monde. C’est bien simple, Gallimard ne s’embête même plus à inscrire quelque chose comme “Par l’auteur de la saga Malaussène” ou “de Chagrin d’école” ou “de Comme un roman” sur ses bouquins, non, sur le bandeau rouge du Journal d’un corps on lit seulement “Pennac”. Son nom suffit. C’est mérité, mais ça signifie qu’une séance de dédicace (s’il y en a une) ne peut être que trois secondes pour donner son nom, un auteur qui doit en avoir marre d’écrire à la chaîne et d’entendre mille fois les mêmes mots, qui reviennent en gros à “j’aime beaucoup ce que vous faites” (je ne me moque pas, si je rencontrais Daniel Pennac, même dans des circonstances plus sereines, je ne suis pas sûre que je parviendrais à bredouiller simplement ces mots-là).
J’aimerais aller demander une dédicace à quelqu’un avec qui je pourrais prendre un peu de temps ; pour que ce soit un échange, moi heureuse de rencontrer un auteur que j’admire, l’auteur heureux d’avoir un retour sur son œuvre, de savoir que les gens l’apprécient. Un moment qui ait du sens pour tous les deux. On ne peut pas faire ça avec un auteur que tant de gens aiment. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre que ce que le Furet baptise “rencontre” sera autre chose qu’une lecture publique. Ce serait déjà bien, notez. Mais c’est un spectacle, pas une rencontre.
Voilà pourquoi je n’irai pas voir Pennac.

Commentaires
C’est vrai qu’avec un auteur que l’on aime, il y a déjà une intimité, un lien d’affection qui relève du privé, de l’entre-soi. Alors, la superficialité n’est pas supportable ; pour ce que l’on éprouve, il faut du temps et de la sécurité, de la détente et de l’aisance.
Je rédigeais ce commentaire quand j’ai su que tu avais commenté chez moi. Rigolo.
Je n’avais pas vu ça comme ça, mais c’est très vrai.
Comme un roman fut une révélation. Aujourd’hui encore je m’en inspire pour ma pédagogie. Et je me moque que ça ne plaise pas toujours à l’inspection!
Moi aussi, j’adore. Je l’ai déjà conseillé, ado, à des parents d’enfants qui n’aimaient pas lire et qui me demandaient conseil en tant que dévoreuse notoire.
Pas très, très diplomatique. Mais quand le conseil est entendu, efficace. :-)
Hé bien, il ne vous reste plus qu’à lui écrire, non ? Et pourquoi pas en lui donnant l’adresse de ce billet ? Courtois comme il semble l’être, il vous répondra sûrement :-)
On t’a déjà dit que tu n’étais pas bête, toi ? Je n’y aurais jamais pensé ! Merci, je vais le faire. :-)
*** baisse modestement ses yeux de biche ***
Je suis allée à Lyon samedi pour “Quais du polar”. Il y avait quelques grands noms, comme Michael Connelly ou Maxime Chattam. Si j’aime le premier, le second ne m’attire pas franchement. Mais quel plaisir d’aller faire des heures de queue pour une petite dédicace et aucun échange réel avec l’auteur ? Je préfère mille fois des noms moins célèbres et moins demandés avec qui on peut discuter un peu…
Brendufat : *clin d’œil*
Miss Alfie : de toute évidence certains y trouvent leur compte, mais je suis aussi perplexe que toi.
Amusant j’étais à ces mêmes quais du polar dont parle Alfie. Moi j’y allais surtout pour faire des photos, et je suis comme toi je ne vois pas l’intérêt du travail à la chaîne pour un écrivain. Les files d’attente pour Connelly ou Chattam étaient assez effrayantes en effet. Mais vu le temps que j’ai passé là bas j’ai papoté avec quelques auteurs, j’ai demandé carrément à certains si ça ne les enquiquinait pas ces séances de dédicaces ? Je crois que la réponse la plus sincère a été celle d’Antonin Varenne : “Je ne le ferais pas tous les jours, mais une fois de temps en temps ça fait du bien de voir des gens et de rencontrer ses lecteurs, car l’écriture est une activité très solitaire.”
J’ai aussi posé la question à une fille qui faisait la queue pour pratiquement tous les auteurs, elle m’a répondu que ça donnait une toute autre valeur au livre s’il y avait une dédicace de l’auteur. J’avoue que je n’avais pas pensé à ça, mais c’est vrai…
Bienvenue, Pastelle !
Quand on peut vraiment échanger avec l’auteur, je veux bien croire que c’est gratifiant pour les deux parties. Mais si, pour cause de grande popularité de l’auteur, ce n’est pas possible, l’exercice doit être assez frustrant. En tout cas c’est comme ça que je l’imagine.