Journal d'un corps, de Daniel Pennac

Je vous ai laissés en plan il y a trois bonnes semaines, en vous annonçant que je n’irais pas voir Pennac, mais sans vous dire ce que je pensais de son Journal d’un corps. Je voulais prendre mon temps pour l’écrire, ne pas l’intégrer à un billet un peu amer sur les bords. Le temps fut donc pris, et me revoilà pour vous en parler.

Le Journal d’un corps est d’abord un très projet original. Une femme, Lison, reçoit le jour de l’enterrement de son père une pile de cahiers sur lesquels celui-ci a tenu un journal particulier. Là où tout un chacun raconte ses journées et la façon dont elles l’ont affecté, le narrateur parle essentiellement de son corps. Les sensations, pas les sentiments. Vous, je ne sais pas, moi en tout cas je n’ai jamais rien lu de pareil (et les critiques du Masque et la plume non plus). Le narrateur commence à tenir son journal à douze ans et le termine à quatre-vingt sept ans, juste avant de mourir.

Le Journal d’un corps, de l’extérieur, peut ressembler à un livre-concept ; personnellement, ça me fait peur, les bonnes idées donnant souvent des romans ratés. Seulement, je suis incapable de ne pas faire confiance à Daniel Pennac pour réussir son pari : faire d’une idée originale un roman formidable. En l’occurrence, j’ai eu raison. On suit le narrateur et son corps grandissant, la façon dont la guerre l’a affecté (il est né en 1923 et mort en 2010), sa découverte du sexe, sa paternité et sa grand-paternité, la santé, la maladie, la vieillesse… Toute une vie à travers le corps qui l’a traversée. On se concentre sur le corps, mais sans exclure complètement le monde autour. C’est passionnant d’un bout à l’autre, extrêmement bien écrit. L’admiratrice de Pennac que je suis ne peut s’empêcher de trouver des parallèles avec le reste de son œuvre ; après tout, ce Journal d’un corps est-il autre chose que la réponse au “halte au cérébrocentrisme” de La petite marchande de prose, ou la version écrite du film de Monsieur Malaussène ? Si on s’arrête aux détails, je trouve attendrissant que le narrateur goûte avec une attention intense la nourriture qu’il n’aime pas, attitude que Pennac avait déjà prêtée à Clara Malaussène.

Sur ce, il est temps que j’arrête le numéro de fan et que je conclue en vous recommandant chaudement ce roman. Vous allez vous offrir un beau moment de lecture, et il y a de fortes chances pour que, au moins pendant quelques semaines, cela vous remette en contact avec votre propre corps ; c’est intéressant. Après tout, c’est là qu’on habite.

Commentaires

1. Le mercredi 18 avril 2012, 16:49 par rififi

ha tiens, c’est une idée qui me tente bien. Je n’avais pas fait le rapprochement dans ton dernier billet avec la sortie d’un nouveau Pennac ; mais vu que j’ai aussi tendance à lui faire confiance et surtout que tu en dis du bien, je vais me lancer :-)

au fait, tu lui as écris finalement ?

2. Le jeudi 19 avril 2012, 10:01 par Anna

Non, pas encore. J’ai déjà mis un temps insensé pour écrire ce billet, qui n’est d’ailleurs pas très bien écrit. Il faut que je m’y colle sérieusement et que j’écrive mieux que ça, quand même.

3. Le dimanche 29 avril 2012, 14:48 par brendufat

Sans autre point commun qu’une similitude de titres, permets-moi de te conseiller “Blason d’un corps”, d’Etiemble. Lu il y a longtemps et actuellement dans un carton au garde-meubles, je ne peux guère t’en parler plus en détail. Mais un écrivain qui signe sans son prénom (René) pour éviter un hiatus, c’est forcément intéressant !

4. Le mardi 1 mai 2012, 09:01 par Anna

Je note. Merci. :-)

5. Le dimanche 3 juin 2012, 20:41 par Lyjazz

Très bonne idée, de recommencer à lire Pennac par celui-là…
ça fait longtemps que je ne me suis pas laissée emporter dans ses phrases.

Et d’ailleurs, aurais-tu des livres de lui à me conseiller pour des enfants de 7/8 ans ?

6. Le lundi 4 juin 2012, 10:21 par Anna

OH QUE OUI !
Toute la série des Kamo (L’idée du siècle, Kamo et moi, L’agence Babel et L’évasion de Kamo) est fabuleuse.

7. Le jeudi 18 octobre 2012, 11:29 par Nathalie

Voilà un des rares romans de Daniel Pennac que je n’ai pas encore lus ! Comme toi, je suis une véritable fan de cet auteur, il ne m’a jamais déçu, et j’ai commencé à le lire adolescente.

Dans le même genre “introspection étrange”, est-ce que tu as entendu parler du Journal d’un Arbre de Didier Van Cauwelaert ? Il est sorti l’année passée si je ne me trompe. Ce n’est pas extraordinairement sublime, mais l’idée est originale et assez bien traitée, ici aussi.

8. Le jeudi 18 octobre 2012, 13:01 par Anna

Non, je ne l’ai pas lu, je note. :-)

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