Âmes sensibles s’abstenir.

Les pompiers m’ont appelé au boulot un lundi après-midi. Le chauffe-eau des voisins avait explosé, et mon appartement en avait pris un sacré coup. Passées la stupeur et la colère, j’ai paré au plus pressé : trouver un endroit pour passer la nuit.

Coup de bol, une collègue m’a proposé de m’héberger sans que je doive trop la supplier. Il était entendu que c’était en tout bien tout honneur. J’ai dormi sur son canapé, nous avons partagé le petit déjeuner, sommes allés ensemble au boulot, en sommes revenus le soir.

La nuit suivante, je n’arrivais pas à m’endormir. J’ai fait le tour de son appart’, qu’elle ne m’avait pas montré en entier la veille. J’ai remarqué, au fond d’un couloir, une porte avec un panonceau “Chambre d’ami”. Le lendemain matin, je lui ai demandé, moitié en plaisantant, pourquoi elle me faisait dormir sur son canapé alors qu’elle avait une chambre d’ami. Elle a pris l’air grave pour me dire que nous n’étions pas des amis, et qu’elle ne souhaitait pas me montrer cette pièce.

Sa réaction m’a un peu refroidi, mais je n’avais pas d’autre endroit où dormir, je suis donc retourné chez elle pour une troisième nuit. Je me suis réveillé vers quatre heures du matin, incapable de retrouver le sommeil. Je pensais à cette pièce. Que pouvait-elle avoir de si personnel ? Au bout d’une heure de retournements sans sommeil, j’ai attrapé la lampe de poche à manivelle qui ne quitte jamais mon sac, j’ai pris le long couloir, et ouvert la porte mystérieuse.

J’en suis resté bouche bée.

Tellement surpris que je ne l’ai pas entendue arriver derrière moi avant le dernier moment. Je n’ai eu que le temps de me retourner et de voir luire la lame de sa hache.


Texte écrit sur une consigne des Impromptus Littéraires et publié là-bas.