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Keyword - Fantastique

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Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami

Cartésiens purs et durs, passez votre chemin ; Kafka sur le rivage est un des romans les plus étranges que j’ai lus ces dernières années.

L’histoire se passe au Japon, de nos jours. On s’attache tout d’abord aux pas de Kafka Tamura, 15 ans, qui fugue de chez lui. Puis on nous raconte un événement étrange pendant la guerre 1939-1945 ; toute une classe d’écoliers se sont évanouis lors d’une sortie en forêt, leur institutrice n’a pas réussi à les ranimer. Quand elle est revenue avec un médecin, ils ont tous repris conscience, sauf un, et aucun ne se souvenait de quoi que ce soit. Puis on retourne dans le présent pour faire la connaissance de Nakata, un vieil homme un peu simple qui parle aux chats.

Raconté comme ça, le roman ne fait pas vraiment envie. Ça paraît bizarre et décousu. Mais en avançant dans sa lecture on comprend les liens et la logique interne de cette histoire qui se situe aux frontières du rêve et de la réalité. Je conseille aux amis des chats et aux âmes sensibles de sauter la deuxième moitié du chapitre 16. Ce bref passage mis part, j’ai aimé ce roman. Je ne lirais pas d’histoires aussi déconcertantes tous les jours, mais une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Kafka sur le rivage est paru chez 10/18, collection domaine étranger.

Le livre du cimetière

Vous vous souvenez peut-être que début mars je vous avais parlé de trois ouvrages en anglais non encore traduits qui m’avaient enthousiasmés. J’ai une excellent nouvelle à ce sujet : l’un des trois vient de paraître en français ! Il faudra quand même qu’on m’explique comment The Graveyard Book (littéralement Le livre du cimetière, référence au Livre de la Jungle) est devenu L’étrange vie de Nobody Owens (volonté de surfer sur la vague Benjamin Button ?), mais passons, c’est quand même une bonne nouvelle, et c’est chez Albin Michel, collection Wiz.

La théorie des cordes, de José Carlos Somoza

Le fait que je vous parle de ce bouquin aujourd’hui est la preuve que décidément, sur un malentendu, ça peut marcher.

Je l’ai emprunté très innocemment à la bibliothèque, attirée d’abord par l’éditeur (en général, Actes Sud ne publie pas n’importe quoi) puis par le résumé - une histoire de scientifiques qui arrivent à voir le passé. Ça m’a fait penser à un des bouquins d’Orson Scott Card datant de l’époque où il écrivait encore bien, et qui s’appelle La rédemption de Christophe Colomb. Bref, je me suis dit que ce livre pourrait probablement me plaire, je l’ai ramené à la maison et je l’ai lu.

Il m’a plu. José Carlos Somoza a une belle plume, et il sait mener une intrigue de main de maître. Seulement, là où je m’attendais à une intrigue qui ferait réfléchir à la nature du temps et à l’hubris, mais pas trop extrême, La théorie des cordes est un roman palpitant, presque un roman d’horreur. Le début du livre est un long flash-back ; une jeune scientifique apprend la mort d’un de ses confrères, panique, et s’enfuit avec un ami. Elle raconte à cet ami ce qui s’est passé dix ans plus tôt, les expériences qu’elle et d’autres ont mené sur une petite île de l’océan Indien, coupés du monde. Des expériences sur le temps.

En dire plus serait en dire trop, j’en ai peut-être même déjà trop dit. Si j’avais su en l’ouvrant que ce bouquin avait ce genre de tonalité, plutôt angoissante (à mon goût, mais je n’aime pas les romans d’horreur, quelqu’un qui les aime trouverait ne verrait sans doute pas les choses de la même façon), je l’aurais sans doute replacé sur l’étagère. Mais l’auteur sait vraiment scotcher son lecteur, au point que je n’ai pas reposé son roman, que je l’ai fini, et que j’ai, pour tout dire, vraiment apprécié ma lecture. Même si je suis contente de ne pas l’avoir faite au beau milieu de la nuit.

La théorie des cordes est paru chez Actes Sud, collection Babel.

Spécial anglophones (1)

Aujourd’hui, je vais vous parler de trois romans qui ne sont pas (encore) traduits en français, mais que j’ai beaucoup aimés, et dont j’ai pensé qu’ils valaient quand même le coup d’être évoqués ici.

Commençons par le nouveau roman d’un auteur que j’adore et dont j’ai déjà parlé (dans ce billet puis celui-là), Neil Gaiman. The Graveyard Book s’adresse plutôt aux jeunes lecteurs, mais qui peut être lu avec grand plaisir par des gens plus âgés, la preuve. Il s’ouvre sur une scène assez violente. La famille du héros est assassinée. Celui-ci, qui doit avoir dans les deux ans, parvient à s’échapper et trouve refuge dans un cimetière. Il est adopté par les morts. Ils lui donnent le nom de Nobody (en abrégé Bod) Owens.

On assiste ensuite à son éducation dans le cimetière, comment les morts le protègent, lui apprennent tout ce qu’ils savent. Certains passages sont des hommages très clairs au Livre de la Jungle de Rudyard Kipling - on peut voir pire parenté… J’y ai retrouvé ce que j’aime chez Neil Gaiman, une étrangeté et une noirceur présentes sans être exagérées. Bref, c’est un livre très réussi.

Continuons avec le premier tome d’une série de fantasy qui me semble très prometteuse. Il s’intitule The Name of the Wind. Au début du roman, Kvothe se dissimule sous un faux nom et tient une auberge dans un endroit reculé. Fort heureusement pour nous, un scribe le retrouve et lui tire son histoire du nez. Pas toute son histoire, bien sûr ; The Name of the Wind contient surtout un récit d’apprentissage. Kvothe vivait tranquillement une existence de saltimbanque avec des parents aimants quand quelque chose a tout changé. Après des années difficiles, il part étudier la science des arcanes (que nous appellerions probablement magie) dans une université. Il veut apprendre, entre autres, le nom du vent…

Ce que je trouve intéressant dans ce roman, au-delà de la richesse de l’univers, est la complexité du personnage principal. Les personnages secondaires sont parfois un peu trop d’une pièce, mais Kvothe a suffisamment de facettes pour qu’on ne comprenne pas tout de suite ce qu’il va faire ou dire, mais il n’est pas pour autant incohérent, et surtout, il n’est pas toujours gentil.

Finissons avec le troisième tome d’une série que j’aime beaucoup, et dont le premier tome est traduit en français : Caine Black Knife. Je vais avoir du mal à vous raconter l’intrigue sans trop dévoiler du tome 2. Pour planter le décor, disons que cette série concerne deux mondes. Un monde de fantasy (Autremonde) et un monde futuriste. Le monde futuriste envoie des acteurs sur Autremonde, des gens dont on enregistre les expériences pour les faire «revivre» ensuite à de riches oisifs. Le but de ces acteurs est de risquer leur vie de manière intéressante. Caine en est un, l’un des plus connus, et il a un talent incommensurable pour attirer la violence et le chaos.

L’action de Caine Black Knife se situe en grande partie sur Autremonde. Un chapitre sur deux raconte des événements qui se situent avant même le premier tome, l’autre ce qui se passe après le deuxième tome. Il y a un rapport entre les deux intrigues, bien sûr… La seule chose que j’ai à reprocher à ce roman est qu’il est en deux parties, et que la seconde n’est pas encore parue. Je veux lire la suite !

Voilà, j’espère que j’aurai mis l’eau à la bouche de mes lecteurs anglophones. Quant aux autres, un peu de patience ; je n’y crois pas trop pour le dernier, mais les deux premiers devraient sortir en français un jour ou l’autre !

Le trésor dans la boîte, de Orson Scott Card

Je vous avais déjà parlé d'Orson Scott Card, mais la petite chute de neige à laquelle nous avons eu droit ce matin m'a tout de suite rappelé la couverture d'un de ses romans, Le trésor dans la boîte.

Voilà l'histoire de Quentin. Dans les premières pages du roman, Quentin a dix ans, et il entend sa sœur, Lizzie, pourtant plongée dans un coma sans retour, lui demander de laisser les médecins débrancher les machines qui la laissent en vie. Plutôt abrupt, comme début, non ? Puis, en quelques pages, Card dessine le parcours de Quentin jusqu'à l'âge adulte, jusqu'à ce qu'il rencontre la femme parfaite. Elle s'appelle Madeleine, elle le comprend en un clin d'oeil, entre eux tout semble évident. Mais il y a des choses étranges au sujet de Madeleine, et la situation s'aggrave lorsqu'elle lui présente sa famille...

Un roman angoissant donc, mais de très bonne facture. L'histoire est racontée à la troisième personne, toujours du point de vue de Quentin, on se sent très vite immergé dedans. C'est le genre de bouquin qu'on lit pelotonné dans une couverture, avec à côté de soi une boisson chaude qui refroidit parce qu'on est trop captivé par l'histoire, pressé de savoir la suite tout en la craignant un peu, aussi. Bref, c'est un bon roman fantastique, qui vous flanque le frisson à plus d'un titre. Vous pouvez le trouver aux éditions L'atalante.

V-virus, de Scott Westerfeld

V-virus nous emmène sur les traces de Cal, 19 ans, new-yorkais, qui en connaît un rayon sur les parasites. Pour cause : il est lui-même porteur sain d'un parasite qui incite ceux qui en sont infectés à fuir tout ce qu'ils aiment, à se réfugier dans l'ombre, à attaquer tout ce qui bouge, et qui décuple leur force. Cal a de la chance, il n'a d'autre symptôme qu'un amour immodéré pour la viande, un odorat très fin, une grande force et une espérance de vie de plusieurs centaines d'années... Il a été recruté dans la Garde de nuit, une société secrète dont le but est d'empêcher les peeps (ceux qui sont infectés par le parasite) de nuire, et de garder le secret sur leur maladie. Cal a déjà dû arrêter plusieurs de ses anciennes petites amies qu'il a contaminées en tout innocence, et recherche la femme qui lui a transmis le parasite, dont il ne connaît que le prénom : Morgane.

C'est indéniablement un livre moins lisse que Uglies, du même auteur. Il vaut mieux avoir le cœur bien accroché pour lire les débuts de chapitre, qui exposent tous le cycle de vie d'un parasite, assez peu ragoûtant, forcément. L'ambiance est inquiétante, mais ce n'est quand même pas un bouquin d'horreur. Sous-jacentes à l'intrigues, quelques réflexions sur le libre arbitre et pas mal d'humour, bienvenu pour détendre l'atmosphère. La fin est un peu rapide à mon goût, mais ça reste une lecture agréable. V-Virus est disponible dans la collection Macadam de Milan.